La réponse de Philippe Abjean à Jean-Marc Huitorel

Que le journal Libération, par la plume d’un critique d’art autoproclamé, s’en prenne de façon aussi violente à la Vallée des Saints était attendu – ce n’est pas la première fois – et vaut même consécration. Je reconnais volontiers que nos rudes sculpteurs bretons n’entrent pas dans les canons esthétiques d’une pseudo intelligentsia qui se pâme, à longueur de colonnes du même journal, devant un « Piss Christ » de Serranou ou un Domestikator, façon structure monumentale levrette – sodomie exposée en plein Paris.

Le débat est légitime et le projet n’exige nullement l’unanimité mais quelle avalanche de mépris à l’encontre de nos artistes renvoyés à « des flashs de kitsch surgis de l’inconscient des burins ». Dévoré par une crise de christianophobie aiguë, le polémiste ne comprend rien à la Vallée des Saints. Nous l’aurions volontiers renseigné si l’honnêteté intellectuelle l’avait conduit à nous interroger.

La charge jargonnante de M. Huitorel contient tellement d’erreurs et de contre-vérités que la place manque pour y répondre point à point. Comment parler, par exemple, de « lobby du granit » quand les responsables de nos carrières peinent à maintenir des centaines d’emplois face à l’impitoyable concurrence du granit chinois et indien ? Comment parler de « fleuron de l’industrie, du commerce et de la banque », à l’œuvre derrière ce projet, quand ce sont des milliers de petits souscripteurs de tous les départements bretons qui se mobilisent derrière lui ?

J’assume cet héritage spirituel et culturel

En réalité, résumé dans le titre de Libération, « Ces saints que l’on ne saurait voir », le crime dont nous sommes coupables à en croire ce pamphlet parsemé de références à Marx et Althusser, est de faire mémoire des « racines chrétiennes » de la Bretagne qui seraient un frein au « multiculturalisme amplifié par les phénomènes migratoires ». Tout est dit. Nous devrions gommer notre histoire, débaptiser nos communes porteuses du nom d’un saint, bientôt raser nos églises et nos calvaires, laisser place à une sous-culture mondialisée et à un art déraciné… Pas de chance M. Huitorel. Ce combat je le revendique, j’assume cet héritage spirituel et culturel breton, ne vous en déplaise. Car je sais combien une culture est vivante et combien les totalitarismes commencent par l’effacement des mémoires collectives…

Alors, puisque vous l’ignorez, je vais vous dire quel est le secret de la Vallée des Saints ? Elle est un lieu de toutes les transmissions. Transmission de son histoire lointaine, celle des migrations d’Outre-Manche à l’époque mérovingienne, en offrant aux chercheurs une exceptionnelle opportunité d’explorer plus avant ces temps obscurs de la naissance de la Bretagne. Transmission culturelle à travers la valorisation de ces récits de fondation que sont nos mythes et nos légendes que vous semblez renvoyer à l’imaginaire d’un peuple primitif. Transmission artistique tant il est vrai que nos sculpteurs ne se contentent pas de copies mais ajoutent à leur création leur sensibilité, leur humour, leur sens du détournement. Transmission spirituelle aussi bien sûr. Mais votre grille de lecture marxiste ne vous permet pas de comprendre cela…

A défaut d’être espagnole, la Vallée des Saints est une auberge bretonne où le visiteur est libre de sa lecture. Et, puisque vous dites que « vous en frémissez d’avance », je suis heureux de vous dire que nos lourdes statues qui ne trouvent pas grâce à vos yeux seront encore en place dans un millier d’années. Et sans doute davantage…

Philippe Abjean

Source ABP https://abp.bzh/la-reponse-de-philippe-abjean-a-jean-marc-huitorel-45520

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